30
Nov

Arzhur Caouissin Interview

Qu’est-ce que le digital publishing ?

Arzhur Caouissin est formateur expert dans les domaine de la publication numérique et de l'animation pour le Web et les plateformes mobiles.Arzhur Caouissin : Le digital publishing, ou en français l’édition numérique, comprend l’ensemble des moyens qui permettent de publier sur les plateformes mobiles un contenu éditorialisé. C’est une tendance qui consiste à rassembler le meilleur du print et du web dans un environnement dédié que sont la tablette et le smartphone. Du print, on hérite de la culture du signe, souvent absente du Web jusqu’en 2010. Et du Web, on hérite de l’interactivité.

Le Web propose justement de belles prestations graphiques et interactives aujourd’hui grâce à l’avènement de sites responsives et HTML5 (voir thefwa.com). Qu’apporte vraiment une édition numérique de si singulier ?

AC :L’immersion ! Il n’est pas possible de contempler une réalisation richmédia de manière totalement décontractée quand on reste penché sur un clavier, une souris, et immobilisé par des connectiques en tous genres (imprimantes, câbles divers, palette graphique, haut-parleurs…). La tablette ou le smartphone permettent une meilleure concentration et offrent une proximité inédite, à la fois par le fait de tenir l’écran directement entre les mains tout en restant vautré dans son canapé (20% des usages), mais aussi par le contact physique avec l’image. C’est le support idéal pour les reportages de fond que l’on ne prend pas le temps de lire sur le Web et pour les placements de produits sous la forme de pages animées et ludiques, financées par les annonceurs.

Parle-t-on du même digital publishing pour un smartphone que pour une tablette ?

AC: Non. Un smartphone est avant tout mobile, localisable, compact. Sa vocation est d’informer ou de servir en mobilité. On y déploie d’abord des flux d’actualité ou des applications de service. La tablette reste un outil d’intérieur car elle se révèle peu lisible en extérieur, relativement encombrante et convoitée. Elle apparaît donc plus immersive encore que le smartphone ou la phablette. On ne doit pas y déployer les mêmes contenus. Le concept du magalogue, par exemple, fait des émules sur la tablette. C’est un magazine éditorial et marchand, contenant des vidéos qui aboutissent à des achats intégrés.

Quid des liseuses ?

AC: Leur offre est également complémentaire. Elle se concentre ici sur du contenu texte. La technologie des liseuses, basée sur de l’encre numérique, permet une lecture en plein soleil et offre une grande autonomie (jusque 1 mois).

Les usages digitaux se fragmentent. Comment doit-on aborder le digital sans s’y perdre ?

AC: Il est plus que nécessaire de songer à la véritable nature de son projet. On ne produit pas du digital pour être digital en répliquant un PDF sur tous les supports. Cela n’apporte rien et rendra votre projet inutile et inintéressant, au mieux. Il nuira gravement à votre image et vous coûtera, au pire (200 millions de dollars perdus pour The daily, en 2012). Vous devez absolument imaginer ces supports comme complémentaires des autres. Pourquoi diable achèterais-je un shampoing et un après-shampoing si je peux avoir les deux en un ? En vous interdisant de tout faire sur un support, vous offrez plus d’attrait à chaque déclinaison de votre marque sur chaque canal de communication.

Comment monétiser un projet ? Est-ce viable ? Qui achète un magazine numérique ?

AC: Il faut rester lucide et honnête. La bulle du digital se termine (-8% des ventes de tablettes en 2015). Mais on sait maintenant ce qui est viable sur ce support. De 2007 à 2012, on a vu des projets se déployer avec l’idée que nous les achèterions d’un simple tap dans les stores corrélés à notre numéro personnel de carte bleue (même sottise que ce que le Web a promis en 1999). Et à part quelques rares succès, vendre un mag sur tablette ne marche pas. Ce qui paye, ce n’est pas la vente, mais le bénéfice en terme d’expérience utilisateur que peut obtenir une grande marque, un groupe d’assurance, un cinéma, un magazine télé, un commerce, un voyagiste, un musée, une agence immobilière, une université. Soit vous apportez un service qui permet, par le digital, d’obtenir une économie d’échelle sur de l’impression papier (communication pour les grands groupes), soit vous valorisez une parution ou une marque traditionnelle par un contenu plus animé. Donc, il y a de vrais débouchés, mais ce n’est pas forcément dans la presse qu’on les trouvera, plutôt dans la communication d’entreprise et de marques. Certaines marques internationales et localisées en France recrutent des centaines de personnes pour développer des pôles internes dans le secteur du digital. C’est dire.

On y voit plus clair sur les usages. Mais quels outils choisir ? Quelle différence entre iBooks, Aquafadas et PandaSuite ?

AC: Aquafadas s’impose comme la solution la plus adaptée à la création de magazines et de périodiques enrichis, grâce à sa grande expérience dans le secteur de la presse et de l’édition. Elle possède des enrichissements adaptés pour du magazine, avec des modules clé-en-main comme des jeux de puzzle, le sudoku, des labyrinthes. Mais on peut aussi créer des éditions plus personnalisables directement à partir de l’environnement de travail adossé à InDesign et de contenus HTML5.

PandaSuite est une solution qui offre une approche centrée sur les médias. C’est un outil connecté dédié et indépendant, lui, de InDesign. On y importe ses médias et on monte de toute pièce une application interactive basée sur des contenus à forte valeur ajoutée graphique. On peut, par exemple,synchroniser des comportements avec un timecode précis sur une vidéo ou la faire défiler en fonction du degré d’inclinaison de la tablette. C’est un truc de malade ! C’est, sans coder et en natif, ce que l’on faisait autrefois exactement dans Flash, en codant et au format SWF. C’est donc la solution idéale pour impacter et créer des applications événementielles. L’offre démarre à 100€ pour un mois, sans engagement aucun. Une aubaine pour les agences de com.

iBooks, bien que très séduisant pour la facilité de sa prise en main (logiciel Apple gratuit et Wysiwyg), ne permet de publier que de l’epub3 pour iOS. Si votre but est donc de diffuser au plus grand nombre ou dans un format natif robuste, mieux vaut rester sur les deux premières solutions. iBooks en revanche conviendra aux petits budgets qui cherchent à expérimenter le support iPad avant peut-être de se professionnaliser avec les autres solutions qui exportent, elles, en plus, vers Android et le Web. iBooks peut constituer bonne entrée en matière, en somme.